Cheval lourd sur la main ; explications et stratégies

En tant que cavaliers, nous avons tous déjà eu la sensation de se faire arracher l’intérieur des paumes par un cheval « lourd ». En vérité, c’est un problème qui peut être réglé facilement chez la majorité des chevaux. Voyons comment procéder pour que vous ne descendiez plus de votre cheval avec les poignets en feu.

/!\ Cet article est rédigé en partant du principe que toutes les causes physiques (dents, blocages ostéo, etc …) ont été vérifiées et que tous les voyants sont au vert pour le travail dudit cheval.

Pour commencer, quand votre cheval vous fait travailler les biceps, cela peut être pour deux raisons : soit il met du poids sur les rênes, soit il y met de la force. Ce sont deux problématiques différentes qui ne vont pas être abordées de la même manière.

Dans les deux cas, il faut avant tout vous assurer que vous n’êtes pas celui qui tire/qui met du poids. Si vous voulez forcer une position de tête ou que vous avez besoin de vous aider des rênes pour garder votre équilibre à cheval, votre cheval n’a pas d’autre choix que d’offrir une tension égale de l’autre côté. Il faut être deux pour tirer. Vos coudes doivent tomber naturellement et rester au niveau de votre cage thoracique, sans jamais passer derrière. Assurez vous d’effectuer régulièrement des descentes de main ; si votre cheval plonge vers l’avant immédiatement, peut être est-il habitué à un contact trop fort.

CAS N°1 – Il s’appuie

11043259_666510066808005_5763127888217412686_n.jpg
Débourrage d’Anakin, en 2013. Anakin ayant tendance à utiliser la force d’inertie pour obtenir ce qu’il souhaite, l’apprentissage de la main a été méticuleusement travaillé.

Si votre cheval met du poids sur le mors, cela veut dire qu’il ne tient pas sa tête et son avant-main et qu’il compte sur votre main pour faire béquille. C’est assez fréquent chez les chevaux ayant une encolure courte et massive, avec une tête épaisse. Dans ce cas là, le problème principal est l’équilibre de votre cheval. Son équilibre, lorsqu’il fait ça, est tellement sur les épaules qu’il a besoin de s’appuyer pour ne pas trébucher. En premier lieu, il convient de soulager les épaules en élevant la tête du cheval. Avec un cheval comme ça, n’essayez jamais de forcer l’extension d’encolure, et encore moins de demander la cession de nuque avec des mains basses. Cela n’aura pour effet que de le déséquilibrer encore plus. Le cheval doit rester dans une posture relativement haute et ouverte, qui pourra évoluer vers un ramené ou une extension au fur et à mesure que l’équilibre sera travaillé. Certains chevaux ne pourront jamais offrir de ramené complet, c’est à savoir.

X P1120942.JPG
Urféline est une jument naturellement lourde. Avec un travail de dressage bien mené effectué par Gina Pitti, elle est maintenant d’une légèreté exemplaire.

 
Le plus simple est de commencer à pied, en filet, et d’enseigner au cheval à suivre la main partout où elle l’emmène : vers le bas, vers les côtés et, ce qui nous intéresse beaucoup ici, vers le haut. Une fois que le cheval est léger à l’arrêt, vous pouvez transposer l’exercice à cheval. Quand ce travail sera bien compris, et tout au long du dressage, il sera indispensable de mobiliser les épaules via toutes la palette d’exercices de deux-pistes pour les alléger.
Le reculer est également un exercice intéressant dans le cas là, car il permet de reporter du poids sur les hanches. Si votre cheval charge trop la main lors d’un exercice et qu’il refuse d’élever son encolure, arrêtez-le et reculez. Puis recommencez votre exercice. Reculez autant de fois que nécessaire, mais toujours lentement, droit et dans le calme. Vous ne reculez pas pour punir, mais pour l’aider à rétablir son équilibre.

 

CAS N°2 – Il force

DSC_0202.JPG
Chayton a tendance à résister contre la main. Ses séances commencent par un travail gymnastique de la mâchoire et de l’encolure pour lui apprendre à se relâcher.

 

Si votre cheval force contre la main, c’est qu’il met en place des résistance qui peuvent avoir une multitudes de raisons. Le premier réflexe est de travailler la fameuse cession de mâchoire. Cette dernière, bien exécutée, permet au cheval de se libérer d’un grand nombre de tensions, et lui enseigne également à ne pas se raidir face au contact, mais au contraire à se relâcher. Les flexions latérales, une fois la cession de mâchoire enseignée, sont également bénéfiques.

Ces bases doivent être connues sur le bout des doigts par le cheval et par le cavalier, avant d’être transposées en selle, à l’arrêt en premier lieu. Lors du travail, dès qu’une résistance apparaît, le cavalier peut demander la cession de mâchoire afin que le cheval se relâche physiquement et arrête de pousser contre le mors. Si cela n’est pas suffisant, il est possible d’utiliser l’épaule en dedans pour relâcher le côté tendu. Avec ces chevaux là, le pli et dans le contrepli permettront de relâcher les tensions dans l’encolure.

11043153_666494136809598_1252065851335792452_n.jpg
Le contrepli et les épaules en dedans dans toutes leurs déclinaisons sont intéressantes pour les chevaux qui chargent la main. Ici Quartz et Amandine, en 2014.

 

En résumé :

  • Ne travaillez jamais les mains basses
  • Travaillez la légèreté à la main et la cession de mâchoire au sol
  • Évoluez lentement et en équilibre
  • Rappelez vous que le contact, c’est quelque chose de léger, et c’est le cheval qui le prend. Vous devez pouvoir tenir vos rênes entre le pouce et l’index, et ne jamais les tendre en tirant vers l’arrière.
  • Respectez l’échelle de progression dans votre dressage. Si vous demandez plus que ce que le cheval peut donner, il va perdre son équilibre ou se raidir.
  • Pas besoin d’utiliser un mors plus sévère avec un cheval qui charge la main. Les mors à levier sont à utiliser sur des chevaux déjà dressés pour obtenir plus de finesse et une action différenciée, par sur des chevaux tendus ou déséquilibrés pour travailler en force en ayant l’illusion de tirer moins.
  • Avec un cheval qui charge, le maître mot est soutien. Avec un cheval qui force, le maître mot est relâchement.

 

Image à la une : Pauline Barbier (D’un Cheval l’Autre) et Trifine

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Bonsoir,
    Lorsqu’il demande de lui-même la descente d’encolure on le laisse faire ?
    Ma dp est sur les épaules et appuie en side ou mors quand on la met en dressage. Perso’ je lui laisse toujours la légèreté lorsque je suis seule, ce qui règle ce soucis. Après relever la tête… Hum en respectant naturellement sa morphologie je suppose (de la même façon elle déteste de trop lever l’encolure et la tête qu’elle préfère horizontales), c’est à dire en fait ne pas chercher à fermer ? Je veux juste être sûre pour ne pas faire de bêtises en la laissant faire dans sa position…
    Ah oui et pourrais-tu s’il te plait redéfinir la descente de main ?
    Merci d’avance et bonne soirée

    J'aime

    1. colinegvd dit :

      Bonjour ! Cela dépend beaucoup du cheval en fait, c’est la raison pour laquelle le ne suis pas trop rentrée dans les détails. Cela va dépendre notamment de la conformation de ton cheval et de savoir si c’est un cheval qui va souffrir du fait de ne pas pouvoir s’étendre tout de suite ou pas. C’est normal qu’elle n’aime pas lever la tête ; si elle est sur les épaules, c’est difficile pour elle. Il faut lui demander ce qu’elle peut donner, mais si elle est vraiment sur les épaules il faudrait quand même lui demander de se soutenir, donc de se relever. Tu peux alterner les deux ; l’élever pour travailler l’équilibre et la laisser descendre l’encolure pour se relâcher. En tout cas, non, il ne vaut mieux pas chercher à la fermer si elle est sur les épaules, qu’elle soit basse ou haute.

      Pour ce qui est de « laisser la légèreté », je suppose que tu veux dire que tu travailles avec des rênes peu tendues voire pas tendues ? N’oublie pas que, certes, le cavalier doit être léger (on va parler de tact), mais le cheval doit l’être aussi ; ce n’est pas parce que tu laisses les rênes que tu as un cheval léger 🙂

      La descente de main, c’est le fait d’arrêter les actions avec la main quand le cheval effectue ce que l’on souhaite, pour ne garder qu’un contact léger et neutre. On appelle ça un « descente de main » car en équitation de tradition française, les actions de mains se font mains hautes ; on les descend alors littéralement pour ne plus agir.

      J'aime

      1. Merci de toutes ces précisions et de la longueur de la réponse ! Oui elle est sur les épaules, croupe plus haute que le garrot modèle assez compact et rond… En effet, pour la légèreté c’est ce que je voulais dire, très peu jouer avec mes mains aussi et ne pas la laisser s’appuyer comme cela peut être fait en équitation d’appui… Mais j’ai mal utilisé mes termes, sa légèreté à elle est difficile à trouver pour l’instant, nous avons encore du travail mais ceci me donne de bonnes pistes pour mieux adapter les demandes 🙂

        J'aime

  2. Annawenn dit :

    Ah, merci beaucoup. Je vais travailler suivant ces conseils.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s