Donner du sens

Souvent, je vois des cavaliers très fiers de lister tout ce que leur cheval « sait » faire. L’épaule en dedans, le coucher, l’appuyer, la monte en cordelette et le saut d’un oxer rentrent pêle-mêle dans un même sac, celui des « choses que l’on a accompli », comme si l’équitation se résumait à cocher des cases fait/pas fait.
Je ne pense pas qu’il soit mal de savoir quelles sont les choses qui sont acquises et quelles sont les choses qui ne le sont pas; en revanche, cela se transforme souvent en un empilement d’exercices et de postures qui n’ont plus grand sens aux yeux du cavalier, et donc du cheval.
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Cession de mâchoire, afin de décontracter une bouche et une avant-main tendues. 

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En tant que cavaliers, nous avons tous des envies différentes, et donc des objectifs différents. Entre le fou de randonnée, qui apprécie avant tout de passer 3h au calme en forêt, et le sauteur invétéré qui recherche la sensation de hauteur, le fossé est conséquent. Et ces deux cavaliers vont avoir deux équitations rigoureusement différentes (même si, je vous vois venir, il y a toujours un tronc commun). Chaque cavalier doit donc avant tout effectuer des exercices qui ont du sens vis à vis de sa propre pratique. 

Il est facile de se perdre dans la myriade de possibilités qu’offre l’équitation. Surtout maintenant, avec internet et les centaines de personnes qui montrent tout une palette d’achèvements différents, on sent que l’on doit faire et savoir faire. Et finalement, on effectue des exercices sans plus savoir quoi rechercher à travers eux. Stop! Je le dis souvent : n’effectuez jamais un exercice si vous ne savez pas pourquoi vous l’effectuez. Ne demandez jamais quelque chose à votre cheval si vous ne savez pas pourquoi.

Si vous ne donnez pas de sens à l’exercice que vous êtes en train de faire, il peut y avoir deux raisons: vous n’avez pas compris le but de l’exercice, auquel cas il faut le clarifier avant de vous lancer sinon vous ne saurez pas vraiment quoi chercher, ou bien c’est un exercice qui vous est inutile à vous et votre cheval, auquel cas ce n’est pas la peine de le pratiquer.
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Apprentissage du montoir, afin que la mise en selle ne soit plus un traumatisme.

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J’en parlais avec ma pensionnaire, Marie, qui a du mal à se donner des objectifs avec Kenzo, le cheval dont j’avais parlé dans cet article. Son rapport à l’humain est plus posé, mais toujours compliqué, et Kenzo monte vite dans les tours. Marie est perdue dans ce qu’elle veut avec lui, ce qu’elle peut lui demander, et comment y arriver. En fait, il suffit de découper le travail en étapes et se demander où ça coince.
Pour commencer, a-t-elle besoin de le manipuler ? Oui. Dans ce cas là, quels moments posent toujours problème dans la manipulation de base ? La mise du licol au pré, le parage, et l’immobilité à l’attache. Voilà trois premiers gros axes de travail qui ont du sens. Veut-elle toujours le travailler au sol ? Oui. Quels sont les problèmes rencontrés ? L’attention, l’équilibre, le calme. Veut-elle toujours le monter ? Oui. Quels sont les problèmes rencontrés ? Le montoir, l’équilibre encore, le rythme, le bon emploi de ses muscles pour porter sans heurt. Tous les exercices que l’on va pratiquer vont aider à atteindre ces buts.
Avec ces questions toutes simples, on a déjà un plan de travail pour les quelques mois à venir. Et petit à petit, nous pouvons poser les briques une par une sans que la maison ne s’effondre. Après, tout reste à affiner tout au long de la vie du cheval, mais les bases seront posées.
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Vos chevaux ont besoin de comprendre ce que vous voulez d’eux.

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Ne faites pas un appuyer si vous ne savez pas pourquoi vous le faites. N’enchaînez pas un parcours si vous n’êtes pas conscient de tenants et des aboutissants. Ne lui apprenez pas le jeu du porc épic juste parce que « c’est du Parelli et c’est bien pour la relation ». Si vous même êtes perdu, vous risquez de devenir un élément anxiogène plutôt qu’un individu rassurant. Si vous donnez du sens à ce que vous faîtes, cela en aura pour votre cheval, et votre relation sera bien plus saine.

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. benjamin dit :

    Excellent article bravo ! Super blog, des articles toujours bien pensés ! C’est vrai que c’est intéressant comme réflexion car on se pose pas la question à la fois dans le travail mais aussi dans les gestes quotidiens, je me rappelle qu’avant d’avoir mon cheval je suis allé acheter des produits à décathlon comme de l’huile de pin et autres sans me pencher sur le pourquoi je mettais ça. Du coup comme beaucoup de personnes je ne savais pas l’expliquer aux autres.
    Donnez du sens à ce qu’on fait ça change tout d’ailleurs je n’arrive jamais à mettre quelque chose en place avec mes chevaux si je ne sais pas pourquoi je le fais. Et vous remarquerez que la majorité des choses que les gens expliquent par exemple sur youtube c’est « comment » mais rarement « pourquoi ». Pour reprendre mon premier exemple on nous explique qu’il faut mettre un produit pour ne pas que les fourchettes pourrissent mais pourquoi il ne faut pas que les fourchettes pourrissent .. on a des hypothèses mais c’est une réflexion à avoir. Un bon réflexe qui a changé ma relation aux chevaux maintenant tout prend SENS.

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    1. colinegvd dit :

      Merci de votre retour ! C’est tout à fait ce que j’essaie de faire comprendre dans cet article : si l’on ne sait pas pourquoi, ce que l’on fait reste vide de sens et n’a aucun intérêt. C’est une évidence en fait, mais nous sommes beaucoup à nous perdre car la tradition, l’enseignement … font que souvent, il faut « faire ça parce qu’on a toujous fait comme ça ».

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  2. Julie dit :

    Très intéressant comme article ! J’ai eu il y a quelques années une monitrice qui n’expliquait jamais le pourquoi de l’exercice qu’elle demandait : elle donnait juste les aides à utiliser, sans même évoquer le mouvement dans son ensemble ni les sensations à rechercher. Autant dire qu’on ne sait pas entendues et que j’ai très vite arrêté de monter avec elle ! Je pense que cette remise en question et cette envie de rechercher le « pourquoi » de ce qu’on fait sont trop rarement encouragées dans le monde des clubs et de la compétition, il faut vraiment travailler sur soi-même et avoir une vraie volonté de faire progresser son cheval dans le bon sens, ce qui n’est pas encore répandu hélas …

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  3. feuliane dit :

    Ça paraît tout bête, pourtant c’est effectivement la base. Il est vrai qu’aujourd’hui le but c’est de savoir faire un maximum avec son cheval, alors qu’en fait on en a pas « besoin » dans notre équitation ou notre « rapporté quotidien avec notre cheval. Un très bon article qui fait réfléchir.

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