Primum non nocere

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Souvent, quand j’écris des articles, j’ai l’impression d’énoncer des évidences, mais je ressens le besoin de les écrire quand même. Parce que les évidences, on a tous tendance à les oublier si aucun détail ne nous y ramène. Nous avons tous été face à un blocage avec un cheval, pour nous souvenir ensuite que la solution, nous l’avions déjà, mais que nous étions tellement occupé à chercher la complexité que nous n’avions pas vu ce qui était sous nos yeux.
Nous voici donc à l’évidence du jour, ramenée sous la forme la plus simple : d’abord, ne pas nuire.

J’ai déjà écrit plusieurs articles à propos de l’impact que nous avons sur la vie de nos chevaux. Et je pense profondément que cet impact, nous devons l’assumer car il existe et que nous ne pouvons rien faire pour le faire disparaître. En revanche, si nous rapportons tout ce que nous faisons à cette maxime simple, nous tentons d’emprunter la voie vers quelque chose de juste.

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Certains cavaliers se réfugient dans le déni face à cette responsabilité que nous avons, et à force de vouloir impacter le moins possible, créent des problématiques de toute pièce.
Par exemple, ce cavalier qui aime son cheval, mais ne veut pas lui faire de mal, donc n’ose pas s’affirmer face à lui ; qui se retrouve à avoir un cheval qui lui marche dessus, se fait peur, appelle un professionnel qui se retrouve à utiliser des méthode coercitives avec un animal qui n’a fait que suivre ce qui lui était proposé depuis le début. C’est un raccourci, en effet, mais cet exemple existe dans toutes les écuries. En n’osant pas, souvent, on nuit.

Ne pas nuire ne veut donc pas dire ne rien faire. Mais, nous avons vu également dans un article précédent que l’action à tout prix n’est pas souhaitable non plus. Vouloir tout régler dans l’immédiat est plus anxiogène que réparateur. Ne pas nuire, ce n’est pas donc ça non plus.

En fait, ne pas nuire, dans ce cas et à mes yeux, c’est juste mettre les choses à plat. C’est vérifier que quoiqu’on entreprenne, tout a été fait en amont pour que ce soit un succès. Baucher en parlait dans le contexte du dressage avec son fameux « préparer, laisser faire »: si je veux exécuter une épaule en dedans, je dois faire en sorte de préparer les forces de mon cheval en tendant vers cette figure, puis laisser mon cheval couler dans le mouvement.

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Mathilde F. Photographies

 

On peut l’appliquer de manière bien plus étendue qu’au simple travail de dressage. Préparer, c’est faire en sorte que tout concoure à ce que les choses se passent bien. Si l’on veut monter un cheval, c’est s’assurer qu’il est capable, par un travail en amont, de soutenir un cavalier et de continuer son apprentissage sans heurt, que le matériel est adapté, que sa santé et son mental peuvent suivre …
Quand on monte un cheval peu dressé, ou qui n’a pas nos codes, nous nous empressons souvent de multiplier les actions alors que les fondamentaux sont oubliés. Par exemple, je monte pas mal de chevaux différents en ce moment dans un élevage dans lequel je travaille. Et, bien souvent, par empressement de bien faire, je tombe dans cet écueil et j’oublie mes fondamentaux: ma respiration, ma posture, mon mental. Du coup, quelle que soit la technique que j’adopte, je suis dans le faux, car la base de ma pyramide n’est pas là. C’est ça, aussi, ne pas nuire: respecter les fondamentaux.

 

Bien sûr, ne pas nuire peut revêtir bien des formes et parfois, on peut entrer en conflit avec soi même, surtout dans les soins. Il n’y a pas d’absolu ni de réponse universelle; chaque couple cheval/cavalier étant différent, la perfection pour l’un sera l’enfer pour l’autre. Mais prendre vos décision en conscience, de manière objective et dans l’optique de supprimer les perturbations vous sauvera d’un bon nombre de problématiques. Personnellement, j’y reviens très souvent, à cette maxime, lorsque j’hésite. D’abord, ne pas nuire.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Martin P. dit :

    Bonjour Mathilde,
    Je trouve votre article simple d’un point de vue pédagogique car il parle de nos attitudes essentielles à respecter avec exigence pour tendre vers une plus grande efficacité !
    J’aime beaucoup le passage où vous faites allusion au comportement anthropologique de chacun avec son animal………
    Je souhaite vous faire part de mon expérience de cavalier-enseignant. Ayant suivi un cursus dans un CREPS (2005), j’ai été très surpris de ne voir figurer aucun des principes que vous évoquez!, notamment au sujet de la posture…………..

    Courtoisement

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    1. colinegvd dit :

      Bonjour Martin !
      Je m’appelle Coline, Mathilde est le nom de la photographe ayant pris la seconde photo de l’article ; si vous voulez connaître un peu mieux qui je suis en mon parcours, je vous invite à visiter la page « About » en haut à droite !

      Non, en effet, dans les parcours visant à former les enseignants, rares sont les fois où ces notions sont vraiment abordées et travaillées, malheureusement. Il faut sortir des sentiers battus pour accéder à ce genre de considérations ; c’est ce que j’ai fait dès le début de mon cursus, et maintenant j’ai le problème inverse : j’ai du mal à rentrer dans le rang pour valider mes connaissances !

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