Avoir son cheval chez soi

Depuis presque un an et demi, je me suis installée chez moi avec deux, puis trois, puis bientôt quatre chevaux. Avant cela, Rio était près de Valence, aux écuries du Berlion, où je travaillais en tant que stagiaire à plein temps. Avant cela, il vivait chez ses anciens propriétaires.
Et puis, plein de petites choses m’ont décidé à emménager dans mes propres terrains, ma famille ayant la chance d’en avoir. Dans ces petites choses citons notamment l’échec cuisant dans ma quête d’une pension correcte à un prix abordable pour une étudiante, et aussi l’habitude que j’avais pris au fil des années à être gestionnaire de mon cheval.

Ayant un bagage très correct de travail en écurie grâce à mes stages, j’avais une assez bonne idée de la charge de travail et d’implication que cela demandait, et j’étais prête à l’assumer. Mais, même pour moi qui savais dans quoi je me lançais, parfois, la charge est juste MAS-SIVE. C’est pourquoi j’ai décidé de faire un petit article pour ceux ou celles qui regardent avec envie leur bout de terrain de 5000m2 et aimeraient y voir leur compagnon.

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Le rêve, hein ? Brace yourselves …

 

Première constatation : la responsabilité. Les premières semaines, j’étais capable de me lever en pleine nuit pour aller voir si tout allait bien (je dis « les premières semaines », mais je l’ai encore fait le mois dernier pendant la tempête). Quand vous avez votre cheval chez vous, tout ce qui peut arriver et votre responsabilité et à vous seul. J’entends par là au niveau légal, psychologique et … pratique: s’il y a un souci, c’est vous qui vous y collez.
Cheval blessé, enfui, malade? Les arguments « je suis au boulot », « il est 4h du mat' » ou « je suis à deux heures de route là » ne tiennent absolument pas. Sans compter les « détails » rageants: les promeneurs qui se baladent dans le pré et/ou qui se donnent pour mission de nourrir tout le monde avec du pain rassis ou la découverte d’une botte de 200kg de foin pourri dans ton stock que tu ne peux décemment pas donner, mais dont tu ne sais absolument pas quoi faire une fois qu’elle est là. Le merveilleux monde du propriétaire/hébergeur est plein de pépites qui n’attendent qu’à être découvertes.

Tout ça pour dire que c’est un poids psychologique auquel on ne s’attend pas forcément; personnellement, j’ai toujours une partie de mon cerveau qui se demande s’il n’ont pas un souci pendant que je suis ailleurs, et qui se demande comment diable je vais bien pouvoir caser les tâches au pré dans mon emploi du temps du lendemain.

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J’en viens donc au deuxième détail, mais non moindre, à prendre en compte: le temps et l’énergie. Le temps utilisé pour monter votre cheval se transforme en temps passé à nourrir, ramasser les crottins, faire des clôtures, des soins en tous genres et à parer aux imprévus. J’ai calculé que j’avais environ 2h30 de travail quotidien au pré (pour 3 chevaux) quand tout va comme sur des roulettes; et encore, c’est limité parce que j’ai une pensionnaire géniale qui m’aide énormément. Ce temps, il faut le trouver quelque part; c’est souvent du temps avant/après le boulot ou les études, quand on a déjà la journée dans les pattes (sans compter le temps pour monter à cheval!) Et tout ce temps, c’est de l’activité physique; alors certes, à priori, pour avoir le fameux ventre plat à la plage cet été, ça devrait le faire. Mais en attendant, à la fin de la journée, perso je suis à ramasser à la petite cuillère. Et je ne compte plus les bars, resto et soirées que j’ai déclinés!

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Le choix des petits filets éparpillés partout en slow feeding est un choix réfléchi, mais chronophage!

Last but not least, il faut des connaissances solides, et j’ai envie de dire un sens du relationnel également (parce que vous êtes sur des terres agricoles qu’ont parfois en vue d’autres agriculteurs, et dans ces situations on se met vite du monde à dos: diplomatie est le maître mot). En fait, il faut se transformer en mini gérant d’entreprise hippique : il faut pouvoir bien sûr calculer son budget, savoir où se fournir (et fuir comme la peste cet agri qui livre toujours du foin dégueu) et être entouré de pro et de fournisseurs compétents. Mais il faut aussi savoir choisir quoi semer dans sa parcelle par exemple, comment organiser ses rotations, comment gérer le parasitisme, comment différencier un bon et un mauvais foin, comment choisir ses compléments…. Savoir quand appeler le véto, savoir si un détail est sans importance ou s’il constitue une urgence, connaître les plantes toxiques. Et puis se pencher sur tout le dawa des assurances…

En fin de compte, c’est un choix très personnel. Je sais que je pourrais avoir mon cheval chez moi en en faisant 10 fois moins, comme la majorité des propriétaires; j’aurais pu limiter la gestion au strict minimum, c’est à dire tout le monde dans le pré, avec du foin en vrac l’hiver et voilà. Mais j’ai fait le choix de faire les choses à fond, et de les faire bien. Je n’ai pas refusé les autres écuries pour faire la même chose chez moi; le but était d’avoir mon écurie perso, à mon image, et que les chevaux qui y vivent n’aient pas à la subir. Le travail paie, et quand je vois mes chevaux faire la sieste au soleil, bien dans leur tête chez moi, c’est la plus belle des récompenses.

Le but de de cet article est de rappeler que prendre des chevaux chez soi, ce n’est absolument pas une décision à prendre à la légère, même si c’est très tentant; c’est une décision qui, quand vous faites les choses à fond, dicte vos journées. Si c’est mal fait, ce sont les chevaux qui subissent. Je vois malheureusement trop de gens faire cette erreur, parce que ça a l’air facile à première vue. Mais, scoop pour vous : si c’est facile, si ça ne demande pas d’implication particulière, c’est sans doute que c’est mal fait.

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Foin distribué en petit tas dans les couloirs; un autre genre de slow-feeding.

8 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Et moi qui me réjouissais de me retrouver bientôt avec mon cheval « à domicile ». Merci, tu viens de me rappeler : les réveils à 06h du matin pour aller nettoyer les box, la réparation des clôtures et le plaisir d’aller récupérer des chevaux enfuis au milieu de la nuit. Des choses que j’ai connu très tôt sur le principe de : être cavalier ce n’est pas seulement quand on a le cul sur son cheval (dixit mon père quand j’avais douze ans). Mais bon on le fait quand même avec plaisir parce qu’on les aime nos chevaux 😉

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    1. colinegvd dit :

      Oui, tout à fait ! C’est souvent un plaisir de passer du temps avec eux à s’occuper de la chez-eux

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  2. canteux dit :

    Trouves tu toujours que les pensions sont hors de prix? Même si certains bossent effectivement comme des salopards, il est bien de se rendre compte de tout ce qui se cache derriere le boulot de gestionnaire d’ecurie! Bonne journée

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    1. colinegvd dit :

      Je n’ai jamais pensé que les pensions étaient hors de prix. Ma phrase parle d’un « prix abordable pour une étudiante » ; ce n’est pas forcément le prix de la pension qui est remis en cause ici, mais mon budget de l’époque.
      J’ai travaillé (et je travaille actuellement toujours) à plein temps ou à mi temps suivant les périodes avec des gérants d’écuries; je sais qu’une pension, ça ne rapporte rien à la fin du mois, ou presque, et que les prix sont généralement justifiés 😉

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  3. Lou dit :

    Hello ! Super article je suis 100% en accord avec toi ! Je suis tellement heureuse d’avoir mes trois loulous avec moi, car comme toi je sais qu’aucune pension ne les gérerait aussi bien que je le fais, mais c’est vrai qu’il y a eu de petites périodes où je me suis rappelée du bon vieux temps de la pension où les choses étaient faciles et juste à disposition… Parfois ça donne envie de lâcher l’affaire car c’est une lourde responsabilité ! Heureusement ce ne sont que de petits nuages obscurcissant ponctuellement un grand ciel bleu ensoleillé !!
    Et c’est marrant, je suis également comme toi, bien tentée par l’envie d’une nouvelle adoption et d’accueillir un nouveau (et dernier histoire d’être un peu raisonnable quand même… hum!) dadou à la maison! Beaucoup de personnes trouvent que ce n’est pas raisonnable d’ajouter une charge supplémentaire à ma vie d’étudiante, je ne vois pas les choses de la même façon, même si je ne suis pas une acharnée du travail et qu’effectivement tous mes chevaux ne sont pas au boulot, ce n’est pas pour autant qu’ils manquent de quoi que ce soit, et j’adore le simple fait de passer du temps avec eux tous les jours à les entretenir. Et toi qu’est ce qui motive ton envie d’un nouvel arrivant ? De combien de terrains dispose-t-il au total ? As tu vraiment le temps de tous les travailler ou en laisses tu quelques uns en vacances ?
    Ça me ferait plaisir d’échanger avec toi à ce sujet 🙂
    Bises bonne continuation et merci pour cet article !

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    1. colinegvd dit :

      Merci de ton témoignage ! J’en accueille un nouveau en pension, mais je n’en prends pas un de plus à moi. En effet, si j’en ai trois à ma maison, un seul est à moi pour les raisons que tu as citées au dessus : financièrement, ça serait compliqué d’en avoir plus, et je souhaite le sortir et le travailler très régulièrement pour entretenir son physique et son moral ; j’aurais actuellement du mal à faire de même avec deux chevaux. Ma pensionnaire sort les deux siens très régulièrement aussi de son côté. J’aimerais en avoir un de plus à moi, mais ça n’arrivera pas avant plusieurs années, car je ne le ferais pas avant d’avoir l’argent et le temps de m’en occuper à fond.
      Actuellement, je dispose d’environ 1hectare5/2 hectares, aménagés en Paddock Paradise

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  4. mlleniall dit :

    Un voila un article intéressant qu’il faudrait ressortir à chaque fois qu’une gamine demande si elle peut avoir son poney dans son jardin de 200m2!
    J’ai moi même sauté le pas d’avoir les chevaux à la maison: 6 mois après on mettait la maison en vente. La charge physique était beaucoup trop lourde, je ne voyais plus mes chevaux que pour faire l’entretien box/pature/gestion repas/foin. C’est à peine si je pouvais leur faire un pansage une fois par semaine. Ne parlons même pas de les monter.
    Je me souviens qu’un soir, au bord des larmes, j’ai dit à mon homme : « Finalement, payer 260€ par mois pour que les boxes soient faits, c’était génial! »
    Peut-être qu’un jour je ressauterais le pas. Genre à la retraite, quand j’aurais du temps 🙂

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    1. colinegvd dit :

      Tout à fait ! Parfois, à la réflexion et suivant ses disponibilités, mieux vaut faire le sacrifice financier et garder son temps pour le passer avec son cheval (et dans la bonne humeur !)

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