L’énergie chez le cheval de sport

 

Photo à la une : Carole Lothon sur Ravel de la Biollée.

 

Dans le monde de l’équitation sportive, l’énergie est un sujet sacré. Et même si les mentalités évoluent doucement, on part encore trop souvent du principe que cheval doit rester au box afin de garder son énergie pour le travail et qu’il doit manger des concentrés qui vont lui en apporter davantage. Une cavalière que je suis régulièrement m’a raconté l’autre jour que son ancienne monitrice était outrée du fait qu’elle laisse sa jument d’obstacle vivre en extérieur … « c’est un cheval de sport, elle doit rester au box, elle se fatigue au pré ! ».

Faisons un petit résumé. Selon de nombreuses personnes, le cheval de sport doit rester en box – les plus chanceux auront droit à deux heures au paddock – sauf pour sa séance quotidienne. Il doit manger beaucoup de sucres rapides (céréales et concentrés), et peu de foin, car cela le lesterait. Si je voulais suivre ces principes pour moi-même, il faudrait que je vive dans un cagibi, que je sorte pour une heure de fitness/running par jour, le tout en engloutissant uniquement des barres énergétiques et en me tournant les pouces 90% de mon temps. Alors, certes, en sortant, j’aurais de l’énergie à revendre. Mais cette énergie serait plutôt très négative et mal dirigée, car elle viendrait d’un gros manque de sollicitation, de problèmes digestifs douloureux et d’une mauvaise humeur compréhensible.

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Le cheval de sport doit-il être voué à une vie aussi inadaptée à ses besoins ? Ici Volupto des Bourdons, étalon de l’élevage de Bel’Air, nous prouve qu’une vie en groupe et une alimentation fibreuse ne sont pas un frein à la performance.

 

L’énergie chez un être vivant ne fonctionne pas comme ça. On ne peut pas la retenir en immobilisant l’individu et en le gavant puis la laisser sortir au moment voulu. Elle dépend de centaines de facteurs différents.

Si je veux avoir de l’énergie, et si je veux que mon cheval en ait, c’est une hygiène de vie globale que je dois respecter. Un moral dans les chaussettes est un gouffre à énergie, tout comme une douleur lancinante ou un désordre digestif. Si je veux avoir de l’énergie sur du long terme, il faut que je mange sain, varié, que je bouge, que je voie du monde et que je fasse des choses qui me plaisent. Votre cheval fonctionne exactement de la même manière. Pour être vif, il a besoin de manger du foin, des minéraux et des oligo-éléments, d’avoir des contacts sociaux, et de passer au moins la moitié de son temps hors de son box. Un cheval qui a cette vie n’est pas un cheval qui va manquer d’énergie le jour du concours. C’est un cheval qui va y arriver dans le meilleur état possible car ses besoins physiologiques sont respectés et c’est celui qui aura les réactions les plus saines car elle ne seront pas dictées par la douleur ou la surexcitation.

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Laura Moulin et Atina. La jument vit au pré et ne manque pourtant pas d’énergie !

 

Le problème majeur, c’est que beaucoup de cavaliers font l’amalgame entre un cheval énergique et un cheval surexcité/surtendu. C‘est comme confondre impulsion et fuite en avant. Un cheval peut parfaitement être énergique et calme. Les cavaliers on l’habitude de voir des chevaux qui ne sont plus maîtres d’eux mêmes, usés par un mode de vie qui ne leur convient pas, souvent en défense ; on dit alors d’eux qu’ils « ont du jus ». Non. Ce sont d’ailleurs souvent des chevaux qui manquent d’énergie vitale, qui ont des carences et qui sont sujet à des problèmes graves (je pense aux coliques notamment).

Il est inhumain de faire vivre un être dans la retenue constante pour satisfaire ses propres besoins. C’est imposer une peine de prison à son cheval sans raison autre que « on a toujours fait comme ça »ou « c’est un athlète ».
Il faut arrêter de considérer d’un côté le cheval de sport qui doit être surprotégé avec toutes les dérives que cela entraîne, et de l’autre côté le cheval de loisir qui peut vivre dans la boue sans soins. Nous, cavaliers, devons remettre au goût du jour la notion d’athlète heureux en montant des chevaux performants et bien dans leur peau.

 

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Cheval de sport, de travail, de loisir … leurs besoins physiologiques restent les mêmes malgré les étiquettes que nous leur collons.

 

Faut-il pour autant tout rejeter en bloc ? Je ne pense pas. Le box n’est pas condamnable si le cheval sort plus de la moitié du temps et profite à côté de contacts sociaux. Les céréales peuvent être incorporées à la ration en quantité limitée afin d’apporter un peu d’énergie, si le foin reste la principale nourriture. Chaque mode de vie doit être adapté individuellement suivant le cheval, le cavalier, leurs aspirations et leurs possibilités. Mais il y a des aspects que l’on ne peut pas contourner, et des limites à ne pas franchir si l’on veut garder une certaine éthique.
La performance, oui, mais pas au détriment du bien-être ; le cavalier est responsable de tous les paramètres qu’il impose à son cheval.

 


A lire : 

Se nourrir, être nourri … réflexion sur la diététique équine, Eric Ancelet,

Bien nourrir son cheval : quand l’émotion, l’empathie et l’écoute prennent tout leur sens, Demivolteface
Pourquoi scientifiques et professionnels de santé bannissent-ils le box, Demivolteface
La colique, première cause de mortalité chez le cheval, comment s’en prémunir ?, Demivolteface
Maîtriser le taux d’amidon dans l’alimentation du cheval (contre l’effet fast-food), Demivolteface

 

7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J’adore la tenue de rênes à la française sur la première image et j’approuve tout, bien sûr !

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    1. colinegvd dit :

      Sur la première photo, c’est Carole Lothon, instructrice de l’Ecole de Légèreté

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  2. En passant, il existe maintenant les écuries actives qui se rapprochent au maximum des besoins du cheval tout en étant compatible avec la vie d’un cheval de sport

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    1. colinegvd dit :

      Oui, les écuries actives sont une solution, mais plutôt pour lier manque de place et détention d’un grand nombre de chevaux. Un cheval de sport, ça peut aussi tout simplement vivre au pré, pré/box, etc … 🙂

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  3. Osteonimaux dit :

    Bonjour,
    Enfin un article sensé =) Les pauvres, si vraiment ils lisaient, ils sauraient que vivre à l’extérieur, manger du foin à volonté et avoir des copins, nos chevaux nous donnerons de meilleurs résultat 😉
    Les écuries actives sont bien mais elles sont tous de même trop petite, elle devrait se calqué plus sur les paddocks paradise avec plus de déplacement.

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  4. Comme elle est belle la jument grise & sa cavalière aussi waouh !!

    Non sinon évidemment je ne peux qu’être d’accord ..

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    1. colinegvd dit :

      Je sens là ton égo sans bornes !

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