Sur le vif

Au hasard du net, il y a quelques jours, je suis tombée sur un commentaire d’une internaute qui m’a pas mal fait cogiter. Au sujet d’un cavalier pro utilisant les enrênements, cette personne a écrit grosso modo : « un cavalier professionnel n’a pas le temps pour travailler sans enrênements ».

La phrase a longtemps tourné dans ma tête.  Ce n’est pas la question de l’utilisation des enrênements qui m’a fait tiqué, c’est sa justification. Je ne juge pas, je ne connais pas l’auteure de ce commentaire et j’ai oublié son nom, qui importe peu. Pas de bashing donc, cette petite phrase m’a juste paru extrêmement intéressante à décortiquer et très révélatrice de pas mal de choses.

La première question que je me suis posé face à cette affirmation, c’est … si un cavalier pro n’a « pas le temps » … Qui peut l’avoir ? Être pro, c’est quand même passer la majeure partie de sa journée les fesses sur un cheval ; une fois qu’on est là haut, autant s’entraîner à mieux monter et entraîner son cheval à mieux porter, non ? Mais je vais y revenir.

 

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Extension énergique de Rio. En Octobre 2013, en pleine recherche …

 

La personne part du postulat que certes, éviter les enrênements, c’est mieux, mais que le cavalier en question aurait des contraintes extérieures qui le forcent à les adopter.
C’est assez révélateur d’une représentation que l’on se fait du cavalier professionnel, qui peut tout se permettre car, justement, il est professionnel.
On se met donc des oeillères face à ses agissements, et il peut se permettre des comportements que des cavaliers lambda ne peuvent s’autoriser. On se dit qu’il est pro, donc il détient la Vérité… Alors qu’en vrai, c’est un humain, il est sur un cheval, et que ses comportements ont un impact comme n’importe qui d’autre (plus en fait, car il est souvent un exemple pour les cavaliers plus modestes).

 

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Grâce à Patrick Kittel, on sait que l’étiquette « professionnel » n’empêche pas toujours de faire de la m**** . Merci Patrick !

 

Je n’aime personnellement pas vraiment les enrênements pour une foultitude de raisons, mais bon, chacun voit midi à sa porte et si un cavalier veut enrêner son cheval, soit.
Mais que ce soit bien clair : enrêner, c’est un choix. Si un cavalier, pro ou pas, décide de mettre une martingale ou des rênes allemandes son cheval, c’est qu’il a pris cette décision. Il en est par conséquent responsable à 100%, pro ou pas. Et s’il justifie ça par le fait qu’il n’a « pas le temps de faire sans », c’est qu’il a vraiment un problème. A quoi bon être professionnel de l’équitation si l’on a pas de temps pour les chevaux ?

On voit travailler pas mal de professionnels sans enrênements ; Michel Robert par exemple, explique qu’il a choisi de ne pas les utiliser, les voyant comme des « cache misère ». Pourtant, Michel Robert est cavalier pro et dispose des mêmes contraintes que les autres … Mais comment fait-il ??

Ben Michel, il assume tout simplement son rôle de cavalier professionnel. Parce que, je le redis pour que ça rentre, si un cavalier professionnel, qui par définition a voué sa carrière au travail d’équidés, n’a pas le temps de les travailler petit à petit pour les mettre dans le bon sens, QUI a le temps de le faire ? Pourquoi certains cavaliers dans l’ombre, qui ont souvent un autre job, d’autres études … prendraient-ils le temps de travailler leurs chevaux sans artifices pendant que la personne qui y passe ses journées, elle, se dédouanerait de ces obligations ?
Encore une fois, je ne me concentre pas vraiment sur les enrênements (car en effet, on peut prendre le temps ET les utiliser de temps à autre, la question n’est pas là), je me focalise sur le problème du temps et du sacro-saint cavalier pro.

 

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Avant de se présenter, une longue préparation s’impose … Pas toujours à cheval ! – Photo michel-robert.com

 

 

La compétition, pourquoi ?

Certains argumentent souvent que les cavaliers professionnels n’ont pas le temps de toujours attendre le cheval, car ils ont des obligations de résultat et des chevaux à présenter en compétition. Là, on ne touche en effet plus aux cavaliers, mais au système lui-même. Mais, rappelons nous un peu à ce qu’est, à la base, le but de la compétition. Le but, c’est de montrer son travail et son implication sur un équidé. Ce n’est normalement pas présenter de la poudre aux yeux obtenue à grand renforts d’artifices. C’est offrir au public le résultat (et la fierté !) d’un long travail accompli, que ce soit en dressage, en saut, en complet, en trec ou que sais-je. Le cavalier est donc censé avoir pris le temps de lever les résistances de son cheval une à une.
Un cavalier qui ne prend pas le temps de dresser son cheval, de le rendre perméable aux aides, de travailler sur lui-même, de se passer d’artifices, n’a strictement rien à faire en compétition.

J’écris cet article quelques jours après avoir regardé les parcours Grand Prix d’Equid’Espaces, qui m’ont encore une fois énormément choquée et démoralisée. Très peu de chevaux en mors simple ou sans enrênements, très peu de cavaliers qui savaient suivre leur cheval et rendre la main ou garder un contact léger, aucun cheval avec des mouvements vraiment harmonieux … C’est dommage, car ces cavaliers ont un niveau évident, mais n’ont pas les fondations. Certains sortent heureusement du lot, mais la majorité des cavaliers est concernée.

 

 

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Les chevaux se mangent des barres à 1m30 tous les matins au petit dej’, mais ne connaissent pas ces fondamentaux … Croquis Philippe Karl

 

Alors, on fait quoi ? On évite de leur jeter la pierre… On change les choses chacun à notre échelle, en ouvrant la porte vers d’autres alternatives. En présentant un parcours de saut propre avec un cheval calme ; en discutant avec des cavaliers différents ; en déroulant une reprise fluide sur une monture légère ; en partageant la passion d’un travail bien mené et du cheval bien dans ses sabots. Et en gardant notre esprit ouvert même devant la difficulté.

 

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. feuliane dit :

    Bonne réflexion, en effet si les pro n’ont pas le temps, difficile à l’amateur qui a un boulot de trouver le temps de bien travailler son cheval. Les enrênements, à la base sont une aide pour le cavalier sur du court terme, aujourd’hui elles sont utilisées non stop et en compétition. A mon sens, arrivé à un certains niveau, elle devrait être interdite.

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    1. colinegvd dit :

      « Il est indéniable que certains d’entre eux peuvent faire gagner du temps, à condition d’être employés par des cavaliers adroits, mais tout cavalier digne de ce nom doit être persuadé que rien ne peut remplacer une bonne jambe et une bonne main, car celle-ci cède intelligemment et rétablit une attitude fausse du cheval si celle-ci est aidée par des actions justes des jambes. »

      Aimé par 1 personne

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