Problèmes de poids chez le cheval domestique

L’une des principales lubies du propriétaire est la corpulence de son cheval. Trop gros, trop maigre, pas assez musclé, ventre trop apparent … C’est une pléthore incessante de lamentations dans les club house. Je ne blâme personne, je fais la même chose. Beaucoup.
Mais une petite remise au point s’impose.

Revenons à l’equus caballus, à la base, en oubliant boxes et granulés. Le cheval est un animal fait pour vivre dans des zones souvent inhospitalières et il sait gérer le manque. Il est constitué pour manger plus de la moitié du temps, en grappillant des plantes très variées petit à petit. Il mange donc une grande quantité de nourriture très pauvre, et ce sur des plages horaires très étalées.

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La captivité est problématique pour l’alimentation. Enfermé dans un pré ou un box, le cheval ne peut parcourir ses kilomètres habituels et ne peut donc ni trouver toutes les plantes dont il a besoin, ni équilibrer son ratio entre marcher et manger. Ajoutons encore un problème, les chevaux en France ont à leur disposition des prairies d’herbe grasse (sauf pour le sud, où l’herbe n’existe apparemment pas). On se retrouve donc avec un combo gagnant : peu de mouvement + peu de diversité + une nourriture trop riche. C’est la porte ouverte à l’obésité, voire même au syndrome métabolique équin (le SME est une maladie apparentée au diabète de type 2, entraînant obésité, insulino-résistance et fourbure).

Nos chevaux mangent donc en général une nourriture trop riche et ingèrent une trop grande quantité de sucre, qu’il provienne de l’herbe grasse de prairie ou de mélanges de floconnés. Leur organisme se retrouve surchargé, et la plupart des maladies équines aujourd’hui sont en partie dûes à ce dérèglement. On peut notamment citer la fourbure, la colique, la dermite, la gale …

Une première résolution à prendre donc : arrêtons de sur-nourrir nos chevaux. Votre cheval n’a probablement pas besoin de 4L de floconné, même s’il travaille tous les jours.

 

Les easy keepers

Ce sont les chevaux ayant tendance à prendre du poids plutôt qu’à en perdre. Ce sont souvent les races rustiques (shetland, irish cob, haflingers …) qui ont évolué pour survivre dans des conditions extrêmes. Leur organisme est fait pour utiliser chaque aliment au maximum : leur métabolisme est trop efficace pour l’alimentation que nous leur proposons. Ils s’empoisonnent alors au sucre et développent diverses maladies. Les ibériques par exemple sont habitués au sud de l’Espagne, où l’herbe se fait rare et pauvre. Ils développent souvent des dermites chez nous, et sont souvent bien trop gras.

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Asami (Irish Cob) illustre bien le cas de l’easy keeper : rustique et difficile à garder mince. Photo M. Photograph’

La solution est simple : appauvrir la ration. Il faut donner moins (voire pas) de céréales, limiter l’accès à l’herbe grasse, adopter le slow-feeding. Dans les prairies, il est judicieux de laisser l’herbe pousser jusqu’à avoir du foin sur pied avant de les laisser paître. L’herbe courte est à bannir, bien trop riche : on évitera de laisser brouter en dessous de 10cm. De la même manière, il faut savoir que les sucres sont plus nombreux dans l’herbe lors des 5 premières heures suivant le lever du soleil. Il faudra éviter de laisser brouter les easy keepers à ces heures de la journée. L’adoption du panier Greenguard peut être une solution ; j’en publierais un article prochainement.
Il est également utile de drainer l’équidé tous les ans.

La mise en mouvement est également nécessaire. En premier lieu, il faut encourager le mouvement dans le pré en créant des couloirs ou en séparant les zones de nourriture. Si le cheval est en box ou si le pré est restreint, il aura besoin de sortir marcher et de travailler quotidiennement. Le stress et le manque d’activité peuvent mener au SME.

 

Les hard keepers

A l’inverse, ceux là ont du mal à prendre du poids ; les trotteurs et les pur sang en sont les meilleurs représentants.

Avant tout, il est indispensable d’éliminer toutes les causes réduisant l’assimilation de la nourriture : une maladie, un problème bucco-dentaire, un problème de parasitisme, le stress … Les hard keepers se révèlent souvent être de grand stressés. Les causes peuvent être multiples : conditions de vie, de travail, ascendance …

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Les races de courses comptent plus de hard keepers dans leur rang que les autres races, moins sélectionnées. Photo M. Photograph’

Dans tous les cas, si votre cheval est anormalement maigre, il convient en premier lieu de consulter un vétérinaire et de faire un bilan sanguin. Il est également conseillé d’appeler un magnétiseur ou un praticien en shiatsu afin de rééquilibrer au niveau énergétique.

Le premier réflexe dans tous les cas est d’augmenter la ration de fourrage, de manière à ce que le cheval en ait à disposition 24h/24 de préférence, en ajoutant pourquoi pas de la luzerne. Il faut ajouter à cela un complément minéral, mais il n’est pas utile de donner des kilos et des kilos de grains. J’en profite d’ailleurs pour souligner que l’organisme d’un cheval de 500kg ne peut pas assimiler plus de 2L de céréales environ. Au delà de cette quantité, il se fatigue pour les éliminer et s’endommage. Le mieux est l’ennemi du bien. On privilégiera donc la qualité à la quantité pour ce qui est du complément minéral.

 

“Rappelons que cette fonction d’élimination nécessite énormément d’énergie et de catalyseurs, qui ne seront plus disponibles pour la croissance, la cicatrisation, la gestation ou l’effort. Un cheval surchargé de déchets ne peut pas être un bon cheval de sport” – E. Ancelet

 

Pour réduire le stress, qui fait barrage à une assimilation correcte de la nourriture, il faut se poser des questions sur le mode de vie du cheval. Peut-il être amélioré ? En réduisant le temps de box, en offrant une vie sociale et une plus grande possibilité de mouvement, beaucoup de propriétaires de hard keepers les voient se stabiliser à un poids normal d’eux mêmes.

L’homéopathie ou la phytothérapie (voire une bonne cure d’EM) ainsi qu’un thérapeute holistique qualifié seront vos alliés pour aider votre cheval à reprendre du poil de la bête.

Acceptez aussi le fait que votre pur sang anglais n’aura probablement jamais l’encolure ni les fesses d’un lusitanien ; il sera toujours plus ou moins claquette, c’est sa conformation. S’il reprends de la corpulence, il le fera au niveau musculaire. Il faut savoir différencier un cheval maigre et un cheval fit.

 

Les bidons gonflés

En général, les chevaux ayant une corpulence normale mais un ventre gonflé nous montrent que leur flore intestinale n’est pas au top. Cela est souvent dû à un déséquilibre causé par de l’herbe trop riche (toujours elle !) qui épuise le pancréas (car elle est pleine de sucres rapides) et qui crée des ballonnements au niveau du caecum et du côlon. Attention, les céréales qui constituent pour nous des sucres lents sont une source de sucres rapides pour le cheval.

Le foin ou la paille n’y sont pour rien et ne font pas gonfler, contrairement à ce que l’on entend souvent : lorsque les flores symbiotes du caecum et du gros intestin sont performantes, elles assurent correctement l’assimilation et la digestion se fait sans heurt. Donc, avec une flore intestinale en bon état, pas de gros bidon.

Ces cas de figures sont trois facettes d’un même problème : une alimentation inadaptée, souvent séchée et peu chargée d’informations vivantes, riche en graisses et en sucres ainsi qu’un mode de vie manquant de stimulations et souvent stressant. Même en pré, votre cheval s’ennuie.

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Tôt ou tard, le cheval se retrouve toujours face à une barrière dans sa quête de mouvement

En conclusion : donnez plus de fourrage, plus longtemps ET moins de sucres rapides en limitant l’apport en céréales et en herbe riche. Faites bouger votre cheval, sortez en randonnée, en balade à pied, travaillez sur le plat, aménagez vos pâtures, stimulez ses papilles, son corps et son esprit.

 


Ouvrages et liens :

Eric Ancelet, se nourrir … être nourri … réflexions sur la diététique équine, éditions Cheval Libre, 2007

Demivolteface, stratégies pour nourrir les hard keepers

Demivolteface, surpoids, obésité et insulino-résitance

9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mini dit :

    Article très intéressant. Je crois que du coup nous allons dans le bon sens pour nourrir nos chevaux. C’est juste dommage de mettre deux l à balade… ce n’est pas une ballade romantique

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    1. colinegvd dit :

      Bonjour ; merci d’avoir noté l’erreur. Elle est désormais corrigée.

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  2. Shiho dit :

    Bonsoir, pouvez-vous développer la partie concernant les 2L de céréales maxi par jour svp ? Isa Danne ne le mentionne pas dans son article.

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    1. SaddlingUp dit :

      Je reprends le livre d’Ancelet ici, que je vous conseille vivement si vous souhaitez aller plus loin : le cheval ne peut pas digérer plus de 0,04% de son poids d’amidon de céréales par 24h. Au delà, en vulgarisant, il ne produit pas suffisamment l’enzyme (amylase) qui lui permet de « découper » l’amidon pour le rendre utilisable. Il se retrouve donc avec une surcharge de déchets d’aliments qu’il n’a pas pu utiliser : il se fatigue à éliminer une nourriture qu’il n’a pas assimilé : il a les inconvénients d’une nourriture riche sans les avantages !
      De plus, les céréales étant des sucres rapides pour le cheval (contrairement à nous), elles fatiguent le pancréas et le cheval est incapable de les gérer en quantité toute l’année. Dans la nature, les graines sont une part très limitée, en quantité et dans le temps, de l’alimentation

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  3. feuliane dit :

    Article très intéressant, j’ai appris des choses que j’ignorais complètement comme le fait que l’herbe était plus sucrée aux premières heures du soleil. L’alimentation des chevaux est un vrai sujet complexe, il est vrai que nos prairies sont souvent trop « grasses » pour nos loulous. Pas évident de trouver un juste milieu.

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    1. colinegvd dit :

      Non, en effet, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Je ne peux que recommander encore le livre d’Eric Ancelet qui se trouve en bas de l’article si vous souhaitez vous informer à propos de l’alimentation du cheval.

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  4. Siewka dit :

    C’est un article très intéressant ! Je suis dans la galère d’avoir un hard keeper et d’un easy keeper ! Eh bien, j’ai réussis, à stabilisé leurs poids, même la easy keeper, devrait encore perdre pas mal de kilo !

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  5. Valerie dit :

    Vous déconseiller alors le prefaner ? Mes chevaux sont nourris à cela a volonter, ne donnant rien d’autre et n’ayant que très très peu d’herbe je le préconisais ayant peur d’une perte de poid et d’énergie, mais sont en effet à la limite de l’obésité. De plus j’en ai un qui subit la dermite mais est ce dû à la race ( frison ) ou bien comme vous le dites à cause de l’alimentation trop riche ? Si vous pouviez m’éclairer à ces sujets sa serais vraiment gentil de votre part.

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    1. colinegvd dit :

      Le préfané est déconseillé pour les chevaux car il est trop riche et pas assez fibreux. Les chevaux sont véritablement faits pour une alimentation pauvre, n’ayez pas peur de vous contenter de foin (accompagné d’un complément minéral adapté).
      Les frisons sont en effets prédisposés aux problèmes de peau ; je ne garantis pas que la perte de poids les stoppera complètement, mais les problèmes cutanés étant révélateurs des problèmes internes et plus particulièrement digestifs, le ramener à un poids correct, voire un peu fit, l’aidera forcément. En cas de dermite ou de problème d’obésité, pensez à bien drainer l’équidé tous les ans. Une cure d’EM peut être une grande aide également.

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