La cession de mâchoire

“Avec la cession de mâchoire, nous entrons dans le sanctuaire de l’équitation de légèreté.”
– Racinet

La cession de mâchoire est l’acte de la part du cheval de faire jouer délicatement son mors dans sa bouche en faisant un mouvement analogue à celui de la déglutition. Il y a deux manières d’envisager la cession de mâchoire.

La cession de mâchoire peut être vue comme un indicateur d’équilibre et de décontraction. “La légèreté en bouche, dit Racinet, (…) est en effet l’indice le plus sûr que le cheval est dans l’équilibre le plus parfait que sa constitution du moment autorise”. Elle est alors vue comme une confirmation de la part du cheval que le mouvement est juste et qu’il porte son équilibre sur les hanches. Ici, le cavalier ne la demande pas et se contente d’être témoin de son apparition.

Baucher, lui, l’a placée au centre de sa philosophie en la transformant en outil de décontraction. Ayant réalisé que les contractions musculaires se forment en chaîne (une contraction en apportant toujours d’autres), il en a déduit qu’il suffisait de casser un maillon pour les défaire. Il demande donc la cession au cheval par le biais du mors. D’indicateur, elle passe à instrument, permettant au cavalier de supprimer la contraction de la mâchoire, à la fois symptôme et déclencheur du déséquilibre.

Les deux façons de voir la cession de mâchoire ne sont pas antinomiques ; bien au contraire, elle se complètent et le cavalier aurait tord de se priver de l’une des deux sous prétexte d’appartenir à une certaine école.

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En ostéopathie, la gymnastique de la langue est couramment pratiquée pour permettre au cheval de se défaire de ses blocages. La langue est reliée musculairement au sternum (via le sterno-hyoïdien) et aux épaules (via les aponévroses scapulaires) par le biais de l’os hyoïde. Ainsi, la contraction ou la décontraction de la langue influencera la quasi totalité de l’avant main du cheval. La réciproque est vraie : des contractions dans le corps du cheval engendreront une crispation de la mâchoire.

Le cheval travaillé avec une bouche mobile peut parfois présenter une légère mousse sur la bouche, témoignage de décontraction; on parle d’une bouche fraîche.

“Le ramener, tel que le comprend la haute équitation, ne se concentre pas dans la direction de la tête. Il réside, tout d’abord, dans la soumission de la mâchoire, qui est le premier ressort recevant l’effet de la main.

En équitation savante, ce que le ramener représente, c’est bien moins une direction invariable de la tête qu’un état de soumission des ressorts … Si, fortuitement (…) la soumission de la mâchoire, ce témoignage de la légèreté, s’altère, le premier soin de l’équitation savante est de la reconquérir aussitôt que possible.” – Albert Sauvannet.

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Bouche fraîche

Ainsi, laisser la bouche de son cheval libre de tout mouvement est incontournable pour le cavalier qui souhaite travailler dans la légèreté. Celui qui serre sa muserolle au maximum se prive d’un outil précieux et se dessert en s’assurant que la mâchoire de son cheval restera figée. Il s’interdit ainsi tout accès à l’art équestre. Celui en revanche qui s’efforce de travailler sur des rênes souples, en portant son attention sur la décontraction de sa monture, s’assure une bouche galante de la part de cette dernière et se dirige vers la légèreté.

 

La mobilité de la bouche est-elle toujours indicatrice de décontraction ?

Une trop forte mobilité de la mâchoire, de même qu’une salivation excessive, peuvent également dénoter d’un excès de stress ou d’une douleur chez le cheval.

Les chevaux que l’on voit souvent en compétition de haut niveau, écumant de la bouche, ayant de la mousse coulant le long du poitrail jusqu’au antérieurs, ne témoignent en aucun cas d’un bon équilibre. A l’inverse, ils laissent cette salive couler hors de leur bouche parce qu’un ramené excessif ou une muserolle trop serrée les empêche de l’avaler.

De la même manière, un cheval claquant des dents ou mobilisant frénétiquement la bouche montre un stress ou une douleur.

Le mouvement de la mâchoire doit être détendu et lent, et l’ensemble du cheval doit également témoigner de sa décontraction.

C’est au cavalier de prendre note des signes objectifs mais aussi de son ressenti :

“Je demande aux cavaliers qui me lisent et qui dressent leurs chevaux de regarder leur monture lorsqu’ils mettent pied-à-terre après une séance de travail, de contempler son œil et de faire un examen de conscience pour se demander s’ils ont bien agi envers cet extraordinaire être vivant, ce compagnon adorable : le cheval.”
– Nuno Oliveira

 


Ouvrages et liens:

Philippe Karl, Dérives du dressage moderne, 2006, éditions Belin

Jean-Claude Racinet, L’équitation de légèreté, 1999, PSR éditions

Gerd Heuschmann, Dressage moderne ; un jeu de massacre ?, 2009, éditions Belin

Albert Sauvannet, Ouverture sur l’art équestre, 2004, PSR éditions

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